Patrick Laumond naît d'un père originaire du Cantal, ingénieur en hydromécanique et d'une mère née à Brive la Gaillarde, esthéticienne de formation. Il grandit dans plusieurs régions de France. A 10 ans, il revient en Corrèze où il passe son adolescence. Contraint par son père qui l'inscrit à l'École Nationale Professionnelle Pierre Caraminot à Egletons, il y sera pensionnaire jusqu'à l'obtention de son baccalauréat en génie mécanique. A l'heure des choix, il intègre l'École Nationale Supérieure Professionnelle Henri Brisson en 1994, où il apprend la science appliquée en céramique technique et industrielle, à Vierzon. Il est remarqué par Jacky Trotereau, professeur et responsable du laboratoire céramique art et décoration, qui lui permet une entrée directe en 2ème année à l’École Nationale Supérieure des Métiers d'Art et des Arts Appliqués de Paris à Olivier de Serres (ENSAAMA).
Il sort major de sa promotion et félicitation du Jury pour la présentation de son dossier personnel en 1996. Dans le même temps, il fait un stage chez Delphine Charlotte Parmentier où il conceptualise des accessoires pour Ungaro et Christian Lacroix et des objets pour le musée de céramique de Dunkerque.
il décide de revenir sur sa terre natale en Corrèze et monte un atelier de céramique dans la maison familiale qu'il abandonnera quelques années plus tard pour devenir artiste.
De retour à Paris, il se consacre essentiellement à la peinture.
Il fait à plusieurs reprises la rencontre de Madame Denyse Durand Ruel qui l'appuie pour participer à la prestigieuse résidence de l'institut Français au Japon (Villa Kujoyama) qui lui sera malgré sa recommandation refusée.
Parmi ses influences peuvent être citées, Antoni Tapiès, Yves Klein, Miquel Barceló, Joseph Heinrich Beuys.
Expérimentation:
A 17 ans Laumond fabrique des scènes de vie quotidienne à l'échelle réduite... Et déjà une précision du geste, l’envie de ne rien laisser au hasard, tout reproduire à l’échelle ; pointu, exigeant, rigoureux. Très vite, c'est l’exploration de la matière sous toutes ses formes. De toutes les matières : solides, liquides. L’horloger devient alchimiste. Des heures passées à transformer le carton en cuir, à réaliser des mélanges, du lait, du brou de noix, à étudier les phénomènes chimiques d’attraction, de répulsion, de densité... Il expérimente le grès, la faïence, la porcelaine, le raku, les émaux… pétrit, malaxe, déforme, cuit, martèle, colle. Le travail de la matière devient obsession. 15 années durant, il va travailler sur la réalisation d’une tâche. Explorer la peinture, ses pigments, ses composants, les phénomènes de solidification, d’hétérogénéité, jusqu’à contrôler, maîtriser, modéliser sous sa main l’expansion, les coulures de cette tâche…jusqu’à la réalisation parfaite et unique, qui deviendra sa signature, sa technique : l'œuvre tâchée.
Language:
Laumond ne s’enferme pas dans sa tâche, il crée alors l'œuvre blanche, d’abord comme élément de mise en exergue de l'œuvre tâchée qui explose ainsi plus intensément sous nos yeux. Puis peu à peu l'œuvre blanche devient contrepoids, complémentaire, essentielle, et finalement indissociable de l'œuvre tâchée. Commence alors une période de forte intensité pour l’artiste, période aussi de légèreté, où il va s’amuser, jouer avec ces deux éléments. L'œuvre blanche et l'œuvre tâchée correspondent, se parlent, deviennent un langage, un mouvement, l’expression de l’artiste. De cette période prolixe, Laumond crée des milliers d'œuvres.
Méta:
Ses œuvres ne peuvent rester statiques, prisonnières de l’artiste lui-même… Elles doivent occuper l’espace, se déployer, respirer, vivre, se transformer parce que tout se transforme. Apparaissent des volumes, des matrices, des éléments dans l’espace, jusqu’à ce que l’espace fasse partie de l'œuvre elle-même et nous avec. La volonté est de dépasser sa propre pensée, son propre langage, pour, à la manière d’un philosophe, synthétiser à travers son art la pensée universelle, l’absolu, l’univers… L'œuvre devient méta.
Pour lui, il est manifestement impossible de présenter ce qui l'entoure à travers une seule œuvre, une œuvre monobloc. Il produit une modélisation plus théorique qui se compose d'une œuvre répartie en plusieurs éléments distincts les une par rapport aux autres, démontrant le TOUT et son contraire. Cette modélisation aboutit à ce qu'on pourrait appeler une représentation du Grand TOUT.
Théorisation et le MétaHisme:
Pendant 11 ans, suivront des carnets de milliers de transcriptions préalables à la conceptualisation d’œuvres et à l’élaboration du manifeste du MétaHisme. Un nouveau langage est né et une première tentative de théorisation.
En 2009, il fonde le MétaHisme, courant artistique qui a pour but d'exprimer et de matérialiser la pensée humaine sous forme d'un méta-paradigme. Selon l'artiste, le MétaHisme relie une vision globale des événements visibles et invisibles simultanément. Le préfixe " MÉTA " évoque le Tout, " ISME " son propre courant artistique et "H", huitième lettre de l'alphabet, lettre séparatrice et unificatrice, un mouvement infini symbolisé par la lemniscate ∞.
Un paradigme de l’universalité:
L’œuvre de Laumond est un paradigme qui nous parle des cycles de la vie, une méditation sur les paradoxes de l’existence et nos infinis possibles. Processus de création essentiel, innombrables carnets de croquis fouillés et précis, choix de matériaux des Compagnons de France, rien n’est laissé au hasard, tout est recherche de maîtrise. Laumond a construit un langage tout à fait singulier au service d’une œuvre globale que l'on peut qualifier de paradigme. Globale car cyclique, ouverte et fermée, unifiée et multiple. Une Œuvre où le symbole est omniprésent. " Paradigme* " : du mot grec ancien παράδειγμα / paradeïgma qui signifie « modèle » ou « exemple ». Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent (…) qui repose sur une base définie (matrice disciplinaire, modèle théorique ou courant de pensée). C'est une forme de rail de la pensée dont les lois ne doivent pas être confondues avec celles d'un autre paradigme et qui, le cas échéant, peuvent aussi faire obstacle à l’introduction de nouvelles solutions mieux adaptées. (Source : wikipédia)
Vision globale et pensée complexe:
Son univers peut évoquer une mise en abyme de la « pensée complexe » élaborée par Edgard Morin. Cette " théorie du Tout " lui permet de présenter dans chaque installation une vision croisée de plusieurs cultures ; les religions, les sciences, la politique et la condition humaine sous tous ses angles. Vision complexe, vision humaniste et humoriste, vision globale et morcelée, vision paradoxale, son univers où domine le blanc est une incitation à l’intériorité. Comme l’écrit Edgard Morin, « Le vrai problème c’est que nous avons trop bien appris à séparer. Il vaut mieux apprendre à relier. Relier, c’est-à-dire pas seulement établir bout à bout une connexion, mais établir une connexion qui se fasse en boucle. » La recherche de Laumond est celle d’une reconstruction de lien, de boucle, de cercle dans lequel le mouvement de la vie peut s’écrire dans son infinie diversité et ses infinis possibles. Recherche d’un modèle universel : Sa quête est celle d’une écriture d’un modèle universel. « Je me suis aperçu qu’il est manifestement impossible de présenter ce qui nous entoure à travers une seule œuvre, une œuvre monobloc. Cela m’a amené à produire une modélisation plus théorique qui doit se composer d'une œuvre répartie en plusieurs éléments, distincts les uns par rapport aux autres démontrant le TOUT et son contraire. Cette modélisation aboutit à ce qu’on pourrait appeler une représentation du Grand TOUT » Laumond
La conception de ce qu’il nomme " l’Œuvre ", évoquant ainsi la globalité de son langage et la résultante de son long travail de recherche, est issue d’une allégorie du Big Bang. Ce moment mystérieux où le monde s’est autoproduit. En créant un langage propre, Laumond crée un espace multidimensionnel et met en perspective le paradoxe ; l'idée du signifiant et de l'insignifiant, des équilibres dans le déséquilibre, du plein et du vide, le passage d'un état à un autre et tout ceci dans une représentation d'un modèle cohérent. Cette représentation prend également en compte les courants artistiques, en les fusionnant, le cubisme, minimalisme, readymade, pointillisme, figuratif, l'abstraction, se retrouvent dans son évocation formelle.
Création d’un langage, un pari:
Comment raconter le monde en une seule œuvre ? C’est là son challenge. Quel langage créer pour répondre à ce désir de cohérence et de représentation du Tout ? « L'œuvre tachée est une représentation originelle du TOUT, en passant par le vivant, les idées, ce qui est visible. L'œuvre blanche est une représentation potentielle du tout possible comme l'infini, l'éternité, la limite dans l'illimité, elle est toujours en opposition, reliée à l'œuvre tachée. Elles se positionnent toujours en dialogue l'une par rapport à l'autre englobant une œuvre centrale qui est une représentation différente dans la forme mais identique dans l'idée de la pensée... ». Laumond
Là où l’écrivain utilisera les mots pour écrire son histoire, là où les idéogrammes ont permis avec des traits simples la création d’un langage sans limite, Laumond a créé un " langage universel ".
Dans l’univers Laumond, sujets, pensées, concepts sont symbolisés par des éléments simples représentés par une “ structure volumique ”, forme variable et pourtant constante. Ses mots sont des volumes blancs ou en verre et des volumes travaillés en monochrome (tachés). Les volumes : Que ceux-ci soient pleins ou vides, blancs ou transparents, immaculés ou identifiés par leur ” tache ”, qu’ils soient seuls ou reliés aux autres, quelle que soit leur taille, leur forme, chacun de ces volumes porte son sens. Ils deviennent paraboles. Le lien : Reliés par une infinité de lignes grises, qui scandent, unifient, découpent ou relient l’espace et les œuvres entre elles, les volumes racontent l’histoire globale. La tache : A l’origine de son processus de création, elle est un monochrome travaillé à l’extrême, " malmené " à en devenir vivant. Elle aurait pu suffire, elle est le Big Bang, le point d’éclosion, la vision du réel, d’une identité visible de tous.
Une œuvre née du cerveau droit:
Le cerveau droit gère les images, il est synthétique et global. Il fonctionne non pas avec les codes mais avec les analogies. C'est le lieu de l'intuition, de la créativité, de la vision globale. Laumond observe le monde, sous tous les angles et en appréhende la globalité, l'éclatement, les équilibres dans le déséquilibre, les paradoxes, les possibles. La vision qu’il en a est empathique et englobe un regard philosophique, scientifique, humaniste et sensible. Il a su développer un univers d’une cohérence absolue. Au service d’une lecture sans fin et pourtant propre à chacun. Le spectateur devient véritable acteur dans l’interprétation de ces paraboles. Il exprime un regard vif, profond et acéré sur le monde, sur ses formats et sur la “comédie humaine”. Aucun repentir, aucune correction, aucun rajout ne lui sont permis par le choix exigeant du blanc, immaculé, parfait, lumineux, intransigeant.
Une œuvre holographique:
Chaque volume est au service de l’ensemble et l’on peut dire que l’ensemble d’une installation est une œuvre en soi.
Quand on parle d’hologramme, on signifie que " le tout est plus que la somme des parties, la partie est dans le tout, mais le tout est dans la partie ". L'exemple le plus courant est celui du patrimoine génétique d'un individu que l’on retrouve dans chaque cellule qui le compose. C’est la conscience de ce qui rassemble l’infiniment petit à l’infiniment grand.
Il nous offre des interrogations visuelles et sensorielles sur tout ce qui nous entoure, le monde de l’art, ses références et la fin de la peinture, les artistes et mouvements qui l’ont précédé, Duchamp, Fontana, mais en analyste subtil et fécond, il apporte sa réponse esthétique et formelle, sa vision, son jeu kaléidoscopique et une esthétique de la perfection. En 2009, il conceptualise le manifeste du MétaHisme sous la forme d'une œuvre d'art.
Dix années plus tard, il écrit une déclaration non manifestée.
En 2021, il est invité par le Centre Culturel Européen d'Italie (ECC Italie) à exposer à l'occasion de la Biennale de Venise au palais Bembo.
Il expose "Concordance Universelle". Il Rencontre par la même occasion Marion Zilio, théoricienne de l'art, critique d'art et membre de l'AICA France. Elle écrit une analyse qui accompagne son œuvre lors de son exposition.
Il est invité à exposer dans sa ville d'enfance de Saint-Viance, une œuvre immersive à la réalité augmentée " Le mobile d'ouverture des univers parallèles " dans un espace consacré bâtiment de France.